Fevrier 2017-Acrylique-2m/1m.Haut
Fevrier 2017-Acrylique-2m/1m.Haut

Lorsque l'on contemple une toile de

RUFFI DE PONTEVES,

on est saisi par l'harmonie des couleurs qui semblent participer à une géographie idéale, presque sereine, tout en dispensant une énergie folle. C'est cela son talent :
nous donner l'ultime pensée d'un paysage mental qui n'en est pas un.
L'univers sur toile de RdP est très physique, presque charnel.

 

 

Ce qu'il nous donne à voir est, en fait, le résultat de sa bataille.
MOLLY MINE AZART MAGAZINE 2013

 

RUFFI DE PONTEVES
par Ileana Cornéa, critique d'art à ARTENSION
Ils sont plusieurs artistes à avoir choisi de s’exprimer à travers le geste. Pour eux c’est l’énergie qui compte, l’appétit c’est la vie !

Dans les années 1970 le peintre Georges Mathieu invente l’esthétique de la vitesse. Le geste ? C’est le langage du corps en adéquation avec les lois de la peinture qui sont les lois de la nature, les lois de l’inconscient. Tout est lié. En réalisant ses « dripping » et montrant au monde la naissance des nouveaux espaces, Pollock danse.Depuis une dizaine d’années, la peinture figurative revient en force, précisant les contours des objets et des êtres. Une contre force vient équilibrer l’expression picturale actuelle avec les réalisations de jeunes peintres abstraits. Après–guerre, le monde n’avait plus de visage, la guerre avait détruit la beauté des formes et l’intégrité des corps. Les artistes se sont réfugiés dans la matière. Ils l’ont exploré, l’ont tordue, cousue et ont fini par la rendre solaire comme l’œuvre du grand maître espagnol AntonioTapiès. À la fin des années 1950, les jeunes artistes crient au diktat de l’abstrait. En France, Les Nouveaux Réalistes signent leur pacte de liberté, allant jusqu’à jeter les pinceaux : Yves Klein célèbre l’immatérialité du monde, Raymond Hains, Jaques Villeglé, Mimmo Rotella, François Dufrêne arrachent des affiches imposant aux yeux de tous, « l’art de l’appropriation du réel ». La peinture est-elle menacée ? Depuis les années quatre-vingt-dix colloques et démonstrations en tout genre organisent le secours de la peinture. En France, l’art est devenu, une question d’état. Les Drac et les Frac tiennent la dragée haute, en soutenant les innombrables œuvres conceptuelles qui naissent du néant. La vitalité de la peinture ne s’est pas pour autant éteinte. L’immortelle déesse de l’expression de l’esprit humain est toujours là.

C’est avec plaisir que nous soutenons un jeune abstrait lyrique comme Ruffi de Pontevès. Il hérite de Matisse la joie de vivre, et le plaisir de marier les couleurs. De Johan Michelle, il tient le goût de l’improvisation. Dans ces temps sombres où les meilleurs des jeunes peintres figuratifs peignent des monstres, des charniers et des visions apocalyptique à l’image du monde dans lequel on vit, voire autant d’optimisme et d’énergie aux couleurs printanières vivifie nos sens.

Une toile par jour, se propose-il comme défi, mais c’est une toile par mois qu’il garde. Il peint depuis toujours. Il se sent libre, il peint avec dynamisme et détermination. L’art évanescent de l’écriture, l’esprit mallarméen des sens cachés, son prédécesseur, l’artiste américain Cy Twombly les a intégrés à la peinture. Ruffi de Pontevès s’inscrit dans la lignée des artistes gestuels, exprimant ses émotions individuelles avec un raffinement proustien.

Dans ses meilleures toiles, il n’y a rien à comprendre, mais tout à prendre, à recevoir. Ses toiles frémissent comme la musique enjouée de Mozart, car tout est harmonie. Ses espiègleries graphiques nous font voir ce que nous voulons : Des Bacchus, des paysages, des rivières, la nature changeante et toujours en mouvement. Créer et non recopier, n’est pas là la mission de l’artiste ?

Les traits dansent, se courbent, s’énervent, s’intensifient comme des petites colères rouges, oranges, ou vertes. Couleurs acidulées couleurs printanières remplies de sève, prêtes à éclater. Dans son diptyque gris, les nuances s’amassent dans des tensions troubles, à l’image de l’inconscient renfrogné puis se dispersent, s’adoucissent et s’effacent comme une fumée qui disparaît peu à peu. L’artiste peint avec un désintéressement aristocratique et avec la fougue d’un jeune ténor. « Le tableau se joue comme un solo », écrivait en 1973 George Mathieu, « la mobilisation de toutes les forces psychiques en une fête suprême, la volonté de s’oublier pour être, l’instauration d’un état second, d’une extase, d’un délire. »